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La préservation de notre passé

David Monaghan, conservateur, Services de conservation

L’accès à certains des tableaux de la collection n’est pas toujours facile. Un échafaudage a dû être installé à la demande du conservateur afin de retirer le portrait de Sir John Thompson du mur nord du foyer de la Chambre des communes.

L’édifice du Centre abrite plus de 200 oeuvres d’art qui constituent une partie importante de la collection patrimoniale de la Chambre des communes, laquelle compte plus de 8 000 artefacts. Ces oeuvres d’art, composées principalement de peintures et de sculptures, sont réparties dans les espaces publics et privés de l’édifice. Si chacune de ces oeuvres a sa propre histoire, elles font ensemble la chronique de l’histoire de la Chambre des communes et contribuent à façonner notre compréhension de l’édifice, de l’institution et du rôle du Parlement en tant que lieu où s’exerce la démocratie canadienne.

L’art a toujours joué un rôle important dans la vie de l’institution et touche tous ceux qui le côtoient, tant les politiciens et les employés que le public. C’est un fait qui a été constaté de manière dramatique lors de l’incendie de 1916 qui a détruit l’édifice original du Parlement. Pendant que l’incendie se propageait rapidement dans l’édifice en cette nuit glaciale de février, les employés faisaient des efforts désespérés pour sauver ce qu’ils pouvaient. Or, ils se sont concentrés à sauver les peintures. Le portrait bien connu de la Reine Victoria, acheté par l’Assemblée législative de la Province du Canada en 1848, a été retiré de son cadre et transporté pour le soustraire à l’incendie. Les portraits des présidents depuis 1854, et d’autres oeuvres, ont également été retirés de l’édifice et transportés en lieu sûr.

Les gestes posés en février 1916 sont l’exemple le plus frappant de la préservation de notre passé. Le travail de conservation qui se poursuit de nos jours à l’intérieur de l’édifice du Centre et en ce qui a trait à l’ensemble de la collection est beaucoup moins dramatique, mais non moins important. Il s’agit d’une démarche à long terme pour réduire le risque de dommages causés par l’incendie, les dégâts d’eau, les accidents ou le vandalisme, et aussi pour diminuer les effets de l’environnement sur ces fragiles oeuvres d’art.

Si le feu et l’eau comportent leurs propres risques évidents, les effets du dommage causé aux peintures par l’environnement sont plus subtils. Le soleil, les insectes, la poussière dans l’air et sur les surfaces, les variations de température et l’humidité (trop ou trop peu) ont tous un effet sur les peintures. Contrairement aux musées où les oeuvres d’art sont exposées dans des conditions environnementales très strictes, l’air ambiant des lieux d’exposition de la collection d’art à l’édifice du Centre est considéré comme des conditions normales de bureau. Les nombreux déplacements des personnes dans l’édifice et les variations de température, jumelés aux effets de l’éclairage, tant naturel qu’artificiel, peuvent détériorer les peintures au fil du temps. Les effets de tous ces facteurs ne sont pas toujours immédiats, mais cumulatifs.

C’est pourquoi un aspect essentiel de notre programme de conservation consiste à surveiller l’état des peintures pour déterminer les oeuvres qui ont besoin d’attention avant l’apparition de problèmes majeurs. Depuis quatorze ans, nous avons respecté un calendrier d’examen régulier des peintures et d’établissement de rapports d’état complets des oeuvres d’art de la collection. Ces dossiers photographiques et écrits fournissent un profil des problèmes physiques repérés pour chacune des oeuvres d’art et son cadre. L’examen de la collection de peintures est effectué par le personnel des Services de conservation et les conservateurs qui sont des professionnels spécialistes du traitement et du soin des peintures et autres objets d’art. Cette démarche méthodique permet à la Chambre d’investir des fonds au titre de la conservation permanente de la collection, de la façon la plus efficiente et la plus efficace possible.

Au cours de l’été 2011, nous avons fait la mise à jour des rapports d’état des portraits des premiers ministres installés dans le corridor sud et dans le foyer de la Chambre des communes. La pause estivale nous a également permis d’entreprendre un autre aspect de nos activités de conservation, soit le traitement physique des peintures. Les portraits de sir John Thompson et de sir Charles Tupper exposés dans le foyer avaient besoin tous les deux d’être traités et ont été envoyés à un studio de conservation.

La Chambre des communes a acheté le portrait du premier ministre sir John Thompson en juin 1900. Le portrait posthume du quatrième premier ministre du Canada est l’oeuvre de John W. L. Forester. L’artiste a terminé la peinture en 1897, environ trois ans après que l’ancien premier ministre se soit effondré et ait rendu son dernier souffle au Château de Windsor, après avoir été nommé membre du Conseil privé du Royaume-Uni par la Reine Victoria.

Portrait de sir John Thompson

La partie gauche du portrait a été nettoyée et une nouvelle couche de vernis de conservation a été appliquée.

Artiste : John Wycliffe Lowes Forster
Date : 1897
Médium : Huile sur toile
Dimensions : 143 x 106,8 cm

Le portrait de sir John Thompson a été rescapé de l’incendie de 1916, non sans avoir subi certains dommages. Nous n’avons pas de description de travail particulier de conservation effectué sur la peinture à ce moment là, et nous ne savons pas non plus si elle a fait l’objet de traitements entre 1920 et 1997. Un rapport d’état de l’oeuvre a été établi en 1997, et un conservateur a examiné la peinture de façon plus approfondie en 2004.

Il a été recommandé en 2004 de nettoyer la peinture et de stabiliser et réparer l’écaillage de sa surface. La couche de vernis protecteur qui recouvrait la surface de la peinture avait beaucoup jauni avec le temps. Ce ton jaune marqué obscurcissait les détails de la peinture. En outre, le vernis avait été mal appliqué et il y avait des gouttes durcies sur la surface de la peinture. Même si elle n’était pas aisément accessible, la peinture a été retirée du foyer et transportée dans un studio de conservation à Ottawa. Dans les conditions contrôlées du studio, le vernis existant a été enlevé soigneusement, la couche de peinture a été consolidée et un nouveau fini protecteur a été appliqué. Le cadre a également fait l’objet de quelques réparations mineures. Près d’un mois après son départ, la peinture est revenue dans l’édifice et l’effet visuel du traitement de conservation est frappant.

À l’opposé du portrait de sir John Thompson, le portrait de 1896 de sir Charles Tupper par Victor Long a été acquis plus récemment. La Chambre des communes en a fait l’acquisition des Archives nationales en 1941. La problématique du portrait de sir Charles Tupper était plus complexe. Outre la décoloration de la peinture causée par l’altération du vernis, la surface avait subi une chute de matière. L’illustration de la peinture au cours du traitement révèle le contraste entre la portion nettoyée du portrait à gauche, et la portion avec le vieux vernis, à droite de la photo. La large tache sur la joue de l’ancien premier ministre est un des endroits où la peinture originale s’est écaillée et a été perdue. Là aussi, le nettoyage de la peinture, en plus d’éclaircir l’image considérablement, nous a également permis de nous assurer de bien réparer et stabiliser la surface de la peinture.

Portrait de sir Charles Tupper

La partie gauche du tableau a été nettoyée.

Artiste : Victor Albert Long
Date : 1896
Médium : Huile sur toile
Dimensions : 168 x 100,2 cm

Ce genre de travail est typique des activités entreprises de nos jours pour veiller à conserver non seulement les 200 oeuvres de la collection, mais également la totalité des 8 000 objets de celle-ci, pour les générations futures de Canadiens. La Chambre poursuit ainsi une longue tradition de soin de ces objets qui non seulement définissent l’endroit où nous travaillons, mais également, de manière très concrète, qui nous sommes.

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