propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Monsieur le Président, c'est vraiment un honneur pour moi de me présenter aujourd'hui pour parler du projet de loi et de le présenter. C'est vraiment une fierté pour moi de le faire aujourd'hui, et je vais en expliquer les raisons tout à l'heure, parce que je suis en train de suivre les traces de beaucoup d'autres gens qui ont lutté avant moi pour obtenir le bilinguisme des juges à la Cour suprême. Je vais expliquer qui est notre porte-étendard le plus grand dans ce domaine. C'est tout un défi de continuer cette lutte, mais c'est aussi pour moi tout un honneur et un privilège de le faire.
Je prends la parole au sujet de mon projet de loi portant sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême. En résumé, ce projet de loi modifie la Loi sur la Cour suprême en créant une nouvelle condition pour la nomination des juges à la Cour suprême, en vertu de laquelle les juges doivent comprendre l'anglais et le français sans l'aide d'un interprète. Je vais expliquer pourquoi c'est extrêmement important.
Cette loi donnerait un meilleur accès pour tous à la justice dans la langue officielle de leur choix. Je vais y revenir pour expliquer d'autres éléments par rapport à ce projet de loi.
Tout d'abord, je vais mentionner que la notion d'accès à la justice dans les deux langues officielles est au coeur des enjeux qui touchent toutes les communautés de langue officielle partout au Canada. Depuis que j'ai été nommé porte-parole en matière de langues officielles pour le NPD, j'ai eu la chance de voyager un peu partout au Canada et de rencontrer les représentants de communautés de langue officielle. Ils m'ont dit combien l'accès à la justice était un enjeu important. L'accès à la santé dans sa langue est aussi très important. Néanmoins, l'accès à la justice est l'un des enjeux les plus importants.
Par conséquent, c'est un cheval de bataille de longue date pour le NPD. D'ailleurs, j'ai suivi avec intérêt tout le travail d'une légende au NPD. Je parle bien sûr de l'ancien député néo-démocrate d'Acadie—Bathurst, Yvon Godin.
Des voix: Oh, oh!
M. François Choquette: Oui, monsieur le Président, nous pouvons l'applaudir. Tout le travail qu'Yvon Godin a fait pour ce projet de loi est incroyable. Pendant une quinzaine d'années, il s'est battu et il a voyagé partout au Canada pour l'expliquer, le défendre et pour demander aux gens de l'appuyer.
J'espère que la Chambre donnera son appui à ce projet de loi extrêmement important, et qui a déjà été appuyé par les libéraux à deux reprises. Il y a donc de l'espoir. Malheureusement, il y a présentement un peu de sable dans l'engrenage. J'arrive difficilement à comprendre pourquoi. Je vais l'expliquer à la Chambre tout à l'heure.
Ce que je veux mentionner, c'est qu'Yvon Godin a été un fier porte-étendard du NPD, qui a défendu les langues officielles et le peuple acadien avec beaucoup de fierté. Nous lui devons beaucoup. Aujourd'hui, en ce qui concerne ce projet de loi, je lui dois tout pour le travail immense qu'il a fait.
Je vais quand même prendre une minute pour citer un des grands extraits d'une grande envolée que M. Yvon Godin a eue sur cet élément important. Il a dit ce qui suit par rapport à tout ce qui avait été dit auparavant:
C'est inquiétant. La Cour suprême, c'est la dernière instance à laquelle on peut s'adresser au Canada. C'est la dernière étape du processus de justice pour un Canadien ou une Canadienne. Pour la personne qui est jugée, c'est tout son avenir qui peut être ruiné. C'est pourquoi on a [besoin d'] un système de justice [qui va respecter les deux langues officielles].
Yvon Godin est l'emblème de cette lutte. Toutefois, plusieurs autres intervenants ont défendu le bilinguisme à la Cour suprême. Je pense notamment à l'honorable juge Michel Bastarache qui est également un ardent défenseur des droits linguistiques au Canada, et à Michel Doucet qui est juriste et directeur de l'Observatoire international des droits linguistiques. L'ancien commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui a également fait un énorme travail et dont le mandat a été renouvelé, a veillé à défendre les langues officielles pendant une dizaine d'années; on peut le saluer d'ailleurs. Je pense enfin à d'autres commissaires aux langues officielles partout au Canada. Il y a aussi l'ensemble des associations francophones, qui représentent les communautés.
[Traduction]
Je dois saluer le Quebec Community Groups Network, l'encourager et lui dire merci pour son appui. Je songe encore à Yvon Godin lorsqu'il était député. Il s'exprimait très bien. Il devenait tout rouge tellement la passion l'habitait. Il criait et y mettait toute sa conviction.
[Français]
Il était très dévoué à la cause, et je dois le remercier de son soutien, de même que tous les gens qui appuient ce projet de loi. Cela démontre pourquoi c'est si important. Yvon Godin, m'appelle de temps en temps, me secoue un peu et me chauffe les oreilles. En effet, il a toujours un caractère très bouillant, parce qu'il sait où il s'en va. Il sait ce que c'est que défendre les langues officielles. Il faut s'entendre, mais il faut aussi être combatif pour défendre les langues officielles d'un océan à l'autre, on n'a pas le choix.
Pourquoi avoir déposé ce projet de loi concernant l'égalité à la justice? Pourquoi avoir déposé un projet qui demande que les juges de la Cour suprême comprennent les deux langues officielles? C'est pour s'assurer de l'égalité d'accès à la justice dans les deux langues officielles. Le projet de loi favorise cette égalité. C'est important de comprendre que la Cour suprême est le plus haut tribunal du pays, comme le mentionnait Yvon Godin. C'est le tribunal de dernier recours pour toutes les juridictions canadiennes. Les juges sont appelés à entendre des causes parfois très importantes et très complexes. Pour les parties, la décision peut être lourde de conséquences, comme je le mentionnais. Yvon Godin disait que cela pouvait même ruiner la vie d'un citoyen qui se présente devant la Cour suprême. C'est pour cela que les décisions peuvent être très lourdes de conséquences.
Les juges unilingues font appel à des tiers pour comprendre les arguments oraux et les observations écrites. Cela amène des conséquences néfastes. L'interprétation simultanée et la traduction ont des limites. D'ailleurs, nous ne disons pas que les gens, quand ils font de l'interprétation simultanée, font une traduction mot à mot. C'est impossible. Ils donnent une interprétation de ce qui est dit. Ils font un excellent travail. Je lève mon chapeau à tous les interprètes et à tous les traducteurs qui travaillent ici, à la Chambre des communes. C'est un travail immense et extrêmement complexe, qui demande des compétences très grandes. Malgré tout, ils ne peuvent pas rendre toutes les nuances et les subtilités d'une plaidoirie, et c'est normal.
La compréhension des langues officielles des juges favorise donc l'égalité des francophones et des anglophones et constitue une condition essentielle pour assurer l'accès à un système de justice canadien dans les deux langues officielles.
Un document a été réalisé par Sébastien Grammond et Mark Power. Ce document explique très bien pourquoi être bilingue et comprendre les deux langues officielles est une condition essentielle. Le fait de comprendre les deux langues officielles à la Cour suprême n'est pas un atout, c'est une condition essentielle.
En effet, la plaidoirie, donc le fait de pouvoir comprendre ce qui est dit, n'est pas le seul problème: il y a aussi tous les documents de preuve qui sont remis dans une langue ou l'autre. Ces documents ne sont pas traduits. À la Cour suprême du Canada, comment un juge peut-il prendre des décisions si importantes et cruciales s'il n'a pas accès à tous les documents relatifs à la cause?
De plus, certaines décisions ont été prises dans certaines provinces où les causes sont plaidées en français. Certains juges n'accèdent donc pas à ces documents qui se réfèrent à des causes précédentes qui sont parfois devenus une jurisprudence, dans une langue ou dans l'autre. On ne peut pas se priver des deux langues officielles, cette expertise est essentielle.
Il ne faut pas oublier non plus qu'au Canada, les deux langues officielles sont égales. Il n'y en a pas une qui est l'anglais et l'autre qui serait le français traduit. Les deux langues sont à égalité. C'est important de se le rappeler. La Constitution canadienne, la Loi sur les langues officielles et la Charte canadienne des droits et libertés assurent cette égalité entre les deux langues. Il est donc important de s'en rappeler.
Comme je le mentionnais, le projet de loi a déjà été déposé à plusieurs reprises. Par le passé, nous avions eu l'appui des libéraux. Nous nous attendons donc à avoir leur appui, encore une fois. J'espère que nous l'aurons encore cette fois-ci. Ce projet de loi est la suite de tout le travail que le NPD a déjà fait en ce qui concerne le respect des langues officielles.
D'ailleurs, nous sommes tellement fiers de notre ancienne collègue Alexandrine Latendresse, qui représentait l'ancienne circonscription de Louis-Saint-Laurent, à Québec. Elle a fait un excellent travail par rapport au projet de loi sur le bilinguisme des agents du Parlement. Le NPD avait travaillé très fort à ce sujet, parce qu'il y avait eu des nominations unilingues à des postes clés du Parlement, comme ceux de vérificateur général, de directeur général des élections et de commissaire à la protection de la vie privée. Il y a 10 postes clés de ce genre. Nous avons donc travaillé très fort pour protéger les langues officielles et pour nous assurer que des gens parlant les deux langues officielles et ayant les compétences linguistiques requises sont nommés à ces 10 postes. Il faut éviter de répéter l'erreur de nommer des juges unilingues.
La présidente actuelle a déjà dit à un juge qu'il faisait sa plaidoirie un peu trop rapidement et qu'un juge unilingue n'arrivait pas à le comprendre. Voilà ce dont on parle lorsqu'il est question de l'égalité des deux langues. Personne ne demanderait à un juge anglophone de parler plus lentement. Alors, pourquoi le demanderait-on à un juge francophone? Un juge a un temps de parole limité pour faire valoir ses arguments. On ne peut pas le brimer par rapport à un autre. Il faut assurer l'égalité des deux langues à cet égard.
Comme je le disais, plusieurs intervenants appuient ce projet de loi. Tout à l'heure, j'ai nommé les différents commissaires aux langues officielles, dont Graham Fraser, entre autres, le Barreau du Québec, la FCFA, le président de la Fédération des associations de juristes d'expression française du common law, Serge Rousselle, ancien professeur de droit de l'Université de Moncton, Michel Doucet, professeur de droit à l'Université de Moncton, Sébastien Grammond, doyen de la Section de droit civil de l'Université d'Ottawa, Claude Provencher, ainsi que Jean-Marc Fournier, ministre québécois responsable des relations canadiennes. Je pourrais en nommer plusieurs autres. C'est un projet de loi qui fait l'unanimité au sein des communautés de langues officielles.
Le gouvernement libéral, récemment, a voulu mettre un peu de sable dans l'engrenage en disant qu'on avait déjà une politique, que seuls des juges bilingues seraient nommés sous le gouvernement actuel et qu'on n'a pas besoin d'un projet de loi, et que l'arrêt dans l'affaire Nadon pourrait faire en sorte qu'on ne puisse plus introduire de nouvelles conditions concernant la nomination des juges sans ouvrir la Constitution.
Je vais répondre à tous ces arguments. Premièrement, le gouvernement libéral n'est pas éternel. Nous souhaitons qu'il ne soit pas éternel. Nous souhaitons qu'il soit remplacé par un gouvernement qui ne représentera pas seulement les intérêts des grands riches, mais ceux de la population canadienne entière. C'est un gouvernement néo-démocrate qui pourra faire cela bientôt.
Deuxièmement, l'arrêt dans l'affaire Nadon ne concernait que la condition à remplir pour un juge du Québec, rien d'autre. Il y a donc eu des changements aux conditions relatives à la nomination des juges à la Cour suprême. Par exemple, ce n'était pas une exigence de la Cour suprême d'avoir 10 ans d'expérience à titre de membre du barreau, mais cela a été ajouté, et personne n'a dit que c'était inconstitutionnel. Alors, il ne serait pas plus inconstitutionnel d'ajouter l'obligation de comprendre les deux langues officielles sans l'aide d'un interprète. C'est d'ailleurs ce que le spécialiste Sébastien Grammond nous a affirmé mardi dernier. C'est ce qu'il faut comprendre.
En conclusion, je suis conscient que le bilinguisme législatif et judiciaire demeure un défi au Canada. Cependant, il y a eu des progrès marquants, et il y en a encore à faire. On a besoin d'une loi solide afin de nous assurer que seuls des juges qui comprennent les deux langues officielles seront nommés à la Cour suprême. C'est pourquoi je demande à tout le monde d'appuyer mon projet de loi.
:
Madame le Présidente, j'ai le plaisir de prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi .
Ce projet de loi a pour objet de veiller à ce que les juges de la Cour suprême soient en mesure de comprendre les deux langues officielles du Canada, le français et l'anglais, sans l'aide d'un interprète. Le projet de loi propose de modifier la Loi sur la Cour suprême, afin que la compréhension des deux langues officielles soit désormais une nouvelle condition statutaire de nomination des juges à la cour.
Nous souscrivons à l'objectif du projet de loi . Les honorables juges qui siègent à la Cour suprême du Canada, une institution judiciaire nationale et le plus haut tribunal d'appel du pays, devraient être effectivement fonctionnellement bilingues, afin que les plaideurs qui comparaissent devant la cour puissent utiliser la langue officielle de leur choix. Nous débattons aujourd'hui de la meilleure façon de réaliser cet objectif louable.
Notre gouvernement a clairement dit que nous ne nommerions à la Cour suprême que des juges qui sont fonctionnellement bilingues. La plateforme électorale du Parti libéral de 2015, à l'égard des nominations à la Cour suprême, se lit comme suit: « Nous veillerons en outre au bilinguisme fonctionnel de tous les juges nommés. »
Cet engagement se trouve également de façon expresse dans la lettre de mandat de la . Dans ladite lettre, le a souligné qu'il était primordial que le processus de nomination des juges à la Cour suprême soit transparent, inclusif et imputable, et que les personnes nommées à la Cour suprême devraient être fonctionnellement bilingues.
De plus, notre gouvernement a réaffirmé publiquement cette position à plusieurs reprises. Je tiens à souligner que notre engagement à l'égard de cet objectif n'est pas qu'une affaire de mots. En effet, notre gouvernement a aussi pris des mesures positives et concrètes pour atteindre cet objectif. À la suite de l'annonce du au mois d'août 2016, notre gouvernement a mis sur pied le Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.
Le a confié au comité consultatif le mandat de dresser une liste de trois à cinq candidats fonctionnellement bilingues et de soumettre cette liste pour examen afin de pourvoir le poste vacant résultant du départ à la retraite du juge Cromwell.
[Traduction]
Peu de temps après avoir reçu la liste des candidats établie par le comité et après avoir consulté la , le a recommandé la nomination du juge Malcolm Rowe. En plus d'être un juriste hautement respecté, le juge Rowe est aussi — nous sommes fiers de le souligner — le premier juge de la Cour suprême à provenir de Terre-Neuve-et-Labrador. Comme il l'a prouvé lorsqu'il a comparu devant les parlementaires réunis à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, avant son assermentation, il est effectivement bilingue, ce qui veut dire qu'il remplit les critères de sélection établis par le gouvernement pour occuper ce poste éminemment important.
Grâce à la politique du gouvernement, les neuf juges de la Cour suprême pourront un jour comprendre sans l'aide d'un interprète les avocats qui s'adresseront à eux dans l'une ou l'autre des deux langues officielles. Pour ce qui est des juges actuellement membres de la Cour, qui ont été nommés avant que cette nouvelle politique soit mise en oeuvre, s'il y en a qui ne sont pas encore effectivement bilingues, je suis convaincu qu'ils ont tous personnellement à coeur de perfectionner leur langue seconde et d'atteindre un niveau de bilinguisme fonctionnel. Ils ont d'ailleurs accès à divers cours et ressources pour les aider dans leurs démarches.
[Français]
Tous les Canadiens ont le droit constitutionnel d'utiliser le français ou l'anglais au cours des audiences, des plaidoiries, et de tout autre processus devant les cours fédérales établies par le Parlement, y compris la Cour suprême du Canada. La cour prend toutes les mesures nécessaires, en tant qu'institution judiciaire fédérale, pour aider et encourager les plaideurs et leurs avocats à utiliser l'une ou l'autre des langues officielles. La politique de notre gouvernement servira les efforts et la responsabilité de cette institution en veillant à ce qu'au fil du temps, tous les juges de la cour soient effectivement fonctionnellement bilingues.
En effet, le gouvernement entend examiner de façon plus générale la place du bilinguisme fonctionnel dans le processus de nomination des juges en réponse aux recommandations du commissaire aux langues officielles relatives aux juges des cours supérieures nommés par le fédéral. Pour ce faire, le gouvernement consultera les provinces et les territoires, ainsi que les associations des Barreaux des provinces et des territoires et les cours elles-mêmes.
[Traduction]
Bref, la composition de la Cour suprême, y compris en ce qui concerne les critères à remplir pour y siéger, pourrait bien relever de la Constitution, ce qui veut dire qu'à elles seules, les mesures législatives adoptées par le Parlement pourraient ne pas suffire à la modifier.
[Français]
De l'humble avis du gouvernement, il serait peu judicieux et malvenu, dans les circonstances, d'adopter le projet de loi à cette étape-ci, à la lumière des préoccupations constitutionnelles légitimes que son adoption pourrait soulever. S'il est adopté, le projet de loi C-203 risque de provoquer une controverse inutile et, fort probablement, de donner lieu à des contestations très longues.
De plus, il pourrait miner les efforts déployés par notre gouvernement, de concert avec la Chambre et ses comités, pour promouvoir la politique du bilinguisme fonctionnel à laquelle il s'est engagé.
J'exhorte plutôt tous les députés à appuyer les mesures stratégiques que le gouvernement a déjà mises en place et en prenant note de son engagement continu à appliquer cette politique aux nominations futures. L'approche actuelle du gouvernement garantira la nomination des candidats fonctionnellement bilingues à la Cour suprême.
:
Madame la Présidente, je suis heureux de prendre la parole au sujet du projet de loi . Je crois comprendre que le gouvernement s'y opposera, ce qui signifie que le projet de loi sera sans doute adopté, compte tenu du précédent établi ce soir. Néanmoins, je vais m'élever contre le projet de loi. J'aimerais exprimer un certain nombre de réserves et je vais parler de chacune d'elles séparément.
Tout d'abord, je ne crois pas que cette mesure législative soit nécessaire. Bien sûr, il est souhaitable que les juges de la Cour suprême et les titulaires de charges publiques puissent s'exprimer dans les deux langues officielles, mais j'aimerais rappeler qu'aux endroits comme la Chambre des communes ou la Cour suprême, on a accès à des services d'interprétation. Ainsi, chaque argument présenté peut être compris, et on peut y répondre. Les gens qui participent aux discussions peuvent comprendre également. Nous n'avons pas entendu de plaintes au sujet de ce qui se passe à la cour, compte tenu de la disponibilité des services d'interprétation.
Je ne vois pas vraiment quel problème le projet de loi vise à régler. Je le répète, de nos jours, grâce à la technologie actuelle, il n'est pas nécessaire d'imposer cette exigence supplémentaire. Cependant, comme je vais l'expliquer, je crois qu'il y a certainement des inconvénients liés au fait d'imposer cette exigence.
Pour commencer, je ne vois pas en quoi le projet de loi est nécessaire. Des services d'interprétation sont disponibles, et il est également possible d'obtenir de la formation, y compris de la formation intensive. Je crois qu'il serait utile pour les personnes nommées à la cour, ainsi que pour les députés, de profiter des occasions qui leur sont offertes d'améliorer leurs compétences dans la langue qui n'est pas leur langue maternelle. Nombre de mes collègues profitent des occasions qui s'offrent à eux d'apprendre le français pendant qu'ils sont ici. De nombreux députés arrivent ici sans connaître une deuxième langue pour finir, après quelques années, par la maîtriser.
[Français]
Je parle un peu le français et je pense que j'ai amélioré mon français depuis l'année où je suis devenu député. Évidemment, il n'est pas parfait, mais c'est bien d'avoir l'occasion de parler français ici. C'est la même situation pour le tribunal. Il existe des occasions pour les juges de pratiquer et d'améliorer les autres langues en les utilisant.
[Traduction]
Compte tenu du fait que ces occasions existent et de la disponibilité de la traduction, je ne vois pas la nécessité d'introduire cette exigence supplémentaire. Elle pose de véritables problèmes pratiques.
Bien sûr, il est bien connu que l'emploi de la langue varie grandement selon l'endroit où l'on se trouve. Dans certaines régions du pays, les gens sont bilingues. Ailleurs, il peut y avoir d'autres langues utilisées très couramment, voire plus couramment que les deux langues officielles du Canada. Je viens de l'Alberta. On y emploie souvent d'autres langues que le français et l'anglais; cela fait partie de l'histoire de la province et du fait qu'elle a été colonisée par des gens venant de partout dans le monde.
Un candidat peut maîtriser plusieurs langues à part le français, mais peut être disposé à l'apprendre. Il pourrait être tout à fait compétent pour occuper cette fonction. Cependant, cette disposition l'empêcherait d'être nommé juge à la Cour suprême.
La situation serait différente s'il y avait un grand bassin de personnes compétentes et qu'on en excluait certaines à cause de cette exigence. Cependant, dans certaines régions, peu de candidats répondraient aussi aux autres exigences requises pour siéger à la Cour suprême.
On réduirait considérablement le bassin de candidats en obligeant le gouvernement à tenir compte de ce critère de nomination. Si on mettait l'accent sur les compétences linguistiques, il serait beaucoup plus difficile d'évaluer plein d'autres critères. Peut-être que les compétences dans les deux langues devraient faire partie de ces critères, mais cela ne devrait pas constituer une condition essentielle qui empêcherait la nomination d'éminents juristes qui sont également prêts à entreprendre les études nécessaires après leur nomination afin de mieux maîtriser une autre langue.
Je crois que ce serait tout simplement insensé. Que voulons-nous, après tout? Nous voulons un système de justice efficace, les meilleurs juges possible et, bien sûr, des procédures qui peuvent se dérouler dans les deux langues, ce qui peut être facilité par l'interprétation. Cependant, une telle exigence réduit considérablement la possibilité de nommer la personne que le gouvernement du jour estime être le meilleur candidat.
Par ailleurs, puisque nous parlons des critères de sélection, ce projet de loi pourrait involontairement limiter la capacité de rendre la Cour suprême plus diversifiée. La diversité peut inclure une foule de critères. Si on voulait une Cour suprême plus représentative de la diversité ethnique, culturelle et régionale, il pourrait y avoir un excellent candidat qui est issu de l'immigration, qui a étudié la langue de ses parents ou de ses grands-parents ou qui s'est concentré sur l'apprentissage d'une autre langue plus courante dans sa région.
Si les gens qui ont un tel profil ne peuvent pas être nommés à la Cour suprême en raison du critère proposé, on limitera la diversité de la Cour. On se privera aussi de l'expérience qu'apporterait une personne comme celle-là. Je ne veux pas dire qu'il est totalement impossible que des gens originaires de différents pays du monde aient choisi de devenir bilingues; je souligne simplement que le projet de loi à l'étude restreint le bassin des candidats possibles. Si le nombre de candidats admissibles est restreint, il devient plus difficile de favoriser la diversité que bon nombre d'entre nous souhaitent voir à la Cour suprême.
Cela me ramène au contexte propre aux différentes régions. À Vancouver, on entend sans doute plus souvent parler cantonais ou mandarin que français, bien qu'on y trouve des francophones, évidemment. Chaque région a sa propre réalité. Il existe peut-être beaucoup de personnes bilingues qui seraient des candidats relativement intéressants, mais dans certaines régions du pays, peu de gens parlent français, ce qui réduit le bassin possible.
Il est assurément important d'encourager l'usage et, si possible, l'apprentissage des deux langues officielles. Ma fille Gianna nous regarde, je crois. Ma conjointe et moi tentons déjà de lui enseigner le français, même si elle n'a que 4 ans. Elle se débrouille très bien. Toutefois, son expérience n'est pas nécessairement typique, car la chance d'apprendre les deux langues officielles n'est pas offerte à tout le monde.
Je félicite le député d'avoir présenté le projet de loi. Je dois toutefois exprimer en toute franchise les réserves qui devront être abordées durant l'étude de celui-ci. Encore une fois, je souligne l'existence des services d'interprétation, dont la Cour peut se prévaloir dans le déroulement de ses travaux, à l'instar de la Chambre, et la disponibilité de cours qui facilitent la tâche aux juges qui souhaitent apprendre la seconde langue officielle après leur nomination. Ces options existent déjà. Les parlementaires en profitent d'ailleurs, moi y compris, et les juges peuvent faire de même.
En outre, la proposition limite le bassin de candidats admissibles. C'est particulièrement préoccupant, notamment dans les régions qui ne comptent pas beaucoup de personnes possédant à la fois les compétences requises et le profil linguistique que le projet de loi vise à imposer.
Ce sont là mes réserves. Il me tarde d'entendre le reste du débat.
:
Madame la Présidente, je suis très heureux de prendre la parole pour appuyer le projet de loi , Loi modifiant la Loi sur la Cour suprême. Je remercie mon collègue de de son travail inlassable dans ce dossier. J'ose le dire, il suit les traces du fameux Yvon Godin, qui s'est fait le champion de cette cause lors de nombreuses législatures.
Je veux parler de ce que le projet de loi ferait et ne ferait pas. Il ne requiert même pas un bilinguisme fonctionnel. Il exige simplement qu'un juge comprenne l'autre langue officielle sans l’aide d’un interprète.
Je félicite sincèrement les libéraux de leur politique actuelle, qui exige un bilinguisme fonctionnel. Quand on a demandé à l'ancienne première ministre Kim Campbell de présider le comité consultatif dont les conseils ont mené à la nomination du premier juge venant de Terre-Neuve-et-Labrador, j'ai été heureux de voir le processus en action. Le comité pouvait uniquement examiner la candidature de personnes fonctionnellement bilingues. Le juge Rowe a montré très clairement qu'il possédait cette aptitude.
Le Nouveau Parti démocratique défend cette cause depuis longtemps. Nous avons présenté des projets de loi similaires en 2008, en 2010 et en 2014. Nous espérons que la quatrième fois sera la bonne. Chaque mouture du projet de loi a cherché à promouvoir des mesures positives afin de protéger les langues officielles au moyen d'une loi.
Le représentant du gouvernement nous a fièrement indiqué, à juste titre, que l'exigence du bilinguisme fonctionnel n'était qu'une question de politique. Je ne sais pas si c'était son intention, mais il a aussi affirmé d'une façon arrogante qu'elle suffisait puisque les libéraux sont au pouvoir. Les choses changent, même au Canada. Cette initiative ne susciterait pas nécessairement la même fierté que celle exprimée par les libéraux si l'on venait qu'à changer de gouvernement. La politique est bonne, mais cela ne veut pas dire qu'elle sera toujours en vigueur.
Nos collègues d'en face ont également utilisé la décision rendue par la Cour suprême du Canada dans l'affaire Nadon comme une excuse, pour ne pas dire de la poudre aux yeux, afin de ne pas adopter le projet de loi. Je tiens à préciser que le professeur Sébastien Grammond, de l'Université d'Ottawa, a expliqué de façon convaincante, à l'avocat que je suis, du moins, que si nous avons des exigences selon lesquelles un avocat doit être inscrit au barreau pour un certain nombre d'années avant de pouvoir être nommé juge, alors il n'y a aucune raison pour laquelle nous ne pourrions pas avoir des exigences en matière de bilinguisme pour ce genre de nomination.
Nous parlons de six personnes au Canada. La loi exige, pour des raisons constitutionnelles excellentes et compréhensibles, que trois de ces juges proviennent du Québec, qui possède un système de droit civil. Je présume donc que trois de ces neuf juges parleront les deux langues ou maîtriseront certainement le français. En fait, il n'y a jamais eu de juge unilingue francophone à la Cour suprême. La discussion porte donc sur les six juges restants.
J'ai enseigné le droit à l'Université de Victoria pendant plus de 12 ans: difficile d'aller plus à l'ouest du pays. Je peux assurer à la Chambre que les étudiants comprennent bien la réalité du Canada. Il est évident pour eux, depuis que le bilinguisme et le biculturalisme se sont imposés il y a une génération, que nous sommes tenus, en tant que Canadiens, de respecter nos deux langues officielles. C'est pour cette raison que nous avons une commissaire et une Loi sur les langues officielles. Il est plus que temps que le plus haut tribunal du pays reflète cette réalité.
Un grand nombre de mes étudiants avaient pour langue maternelle le pendjabi ou le mandarin. D'autres parlaient même des langues autochtones. Ils comprennent qu'il est loin d'être radical, en 2017, de demander à ces six personnes qui proviennent de provinces majoritairement anglophones de maîtriser l'autre langue officielle.
Les libéraux ont le mérite de l'avoir compris, comme le prouve leur politique sur le bilinguisme fonctionnel. Pour des raisons que je n'arrive pas à m'expliquer, ils craignent de donner force de loi à cet engagement. C'est tout ce que le projet de loi ferait. Je pourrais même avancer que le projet de loi ne va pas aussi loin que la politique actuelle des libéraux. Cette politique exige le bilinguisme fonctionnel, ce qui suppose d'être capable de parler et de comprendre la deuxième langue. Le projet de loi exigerait seulement qu'un juge comprenne les deux langues officielles sans l'aide d'un interprète. Il me semble que c'est un premier pas à franchir, et l'hésitation des libéraux est vraiment troublante.
On a dit également que, dans une certaine mesure, cela va à l’encontre des droits des peuples autochtones. Nous pouvons certainement nous assurer, au comité, que tel n'est pas l'objet ni l'effet de la loi. La loi confirmerait que les droits autochtones garantis en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 ne seraient pas annulés par cette mesure législative, si celle-ci entre en vigueur.
En conséquence, je pense que ce projet de loi ne présente pas de problème pratique. Mon collègue de Drummond a cité un certain nombre d’organisations qui ont appuyé cette mesure au fil des ans. L’Association du Barreau canadien n’a pas protesté lorsque les libéraux ont mis en place une exigence de bilinguisme fonctionnel. Au XXIe siècle, il va de soi que les gens comprennent cette réalité propre à notre pays.
Il est particulièrement opportun que les communautés de langues officielles en situation minoritaire se sentent à l’aise d’utiliser la langue officielle de leur choix devant le plus haut tribunal du pays. Le professeur Grammond et Mark Power ont bien illustré ce paradoxe dans un document préparé pour l’Institut des relations intergouvernementales de l’Université Queen’s. Ils y affirment en effet ceci: « Les plaideurs francophones devant la Cour suprême font face à un défi que n’ont pas à relever leurs homologues anglophones: tenter de persuader des juges qui ne comprennent pas la langue dans laquelle les arguments sont présentés. »
Il est crucial que la Cour suprême serve tous les Canadiens et que ces derniers puissent avoir l'assurance que les arguments qu'ils présentent sont compris par les juges qui les entendent. Il n'est pas acceptable que des Canadiens attribuent leur défaite devant le tribunal au fait qu'ils n'ont pas bien été compris. Cela ne peut se produire dans un pays qui se dit bilingue et biculturel comme le nôtre. Une telle situation n'est pas équitable. Effectivement, quiconque a déjà perdu devant les tribunaux a eu l'impression que c'était probablement parce qu'on l'avait mal compris. Je comprends cet argument. Cependant, le fait que de nombreux chercheurs et avocats aient publié leurs inquiétudes à sujet devrait préoccuper tous les Canadiens.
Il est temps pour nous d'aller au-delà des politiques et d'accomplir ce qui a été tenté de nombreuses fois par les législatures précédentes, par M. Godin, et maintenant par le député de . Le regretté chef du NPD, Jack Layton, avait une opinion bien arrêtée à ce sujet et il l'a exprimée dans de nombreux discours. Nous nous sommes engagés à défendre cette cause dans de nombreuses résolutions lors de nos congrès et, bien sûr, dans les engagements de nos plateformes au fil des ans.
Le gouvernement doit maintenant revoir sa position et cesser de brandir la décision de la Cour suprême pour se défiler. Il doit affirmer son engagement envers le bilinguisme jusque dans les plus hautes instances juridiques afin que tous les Canadiens, d'un océan à l'autre, aient réellement accès à la justice.
:
Madame la Présidente, je vous avoue bien humblement qu'avoir la chance de prendre la parole sur un projet de loi aussi important est un véritable honneur.
Cependant, quand on le fait à plusieurs reprises, il y a lieu de se demander si quelque chose ne va pas dans ce pays. Je me rappellerai toujours ma première responsabilité confiée par le regretté Jack Layton au moment de ma première élection, qui me nommait aux langues officielles. Je découvrais toute l'énergie et toute la motivation de ces francophones qui vivent en situation minoritaire partout au Canada pour la défense de leurs droits, moi qui venais du Québec. Le français y est relativement bien établi, jamais assez sécurisé à notre goût, mais quand même. Je découvrais là deux poids, deux mesures pour lesquels j'ai toujours eu envie de me battre.
Néanmoins, je profite de l'occasion pour saluer le travail de mon collègue de , qui assure la continuité de la lutte pour la cause d'Yvon Godin, ancien député d'Acadie—Bathrust, pendant 17 ans à la Chambre, si ma mémoire ne me trompe pas. Le député de travaille à faire en sorte que cette fois-ci soit la bonne et qu'enfin, ce projet de loi trouve sa concrétisation.
Le NPD a toujours fait sien ce combat. Je n'hésite pas à parler de combat puisque, après autant de tentatives où le bon sens n'a pas prévalu, il faut parler d'une véritable lutte pour que le respect voué aux deux langues officielles de ce pays devienne une réalité. Pas moins de trois projets de loi avant celui-ci ont été déposés par le NPD afin que la Loi sur la Cour suprême impose la compréhension des langues officielles comme critère de sélection des juges.
Je me permettrai de m'exprimer très personnellement: je considère que c'est un amoindrissement par rapport à mes positions fondamentales. Pour moi, un poste aussi névralgique dans la démocratie canadienne et dans notre système judiciaire par-dessus tout, nécessiterait beaucoup plus que la compréhension, mais un bilinguisme parfait.
Disons toutefois que, si chacun des juges de la Cour suprême pouvait entendre les plaidoiries avec toutes les subtilités, ce serait déjà un départ extraordinaire, sur lequel, en trois projets de loi, nous n'avons pas réussi à nous entendre. En 2008 et en 2010, les projets sont morts au Feuilleton par le déclenchement d'une élection. On peut toujours dire que le sort en a voulu ainsi, bien que l'on sait aussi que le déclenchement de l'élection est parfois précipité pour faire en sorte que des projets de loi puissent mourir au Feuilleton, mais je ne porte pas de jugement ce soir.
En 2014, cependant, ce sont les conservateurs qui n'avaient pas trouvé de bien-fondé à ce projet de loi et qui l'avaient tout simplement rejeté. Espérons que cette fois-ci la pensée cheminera et que tout le monde verra la lumière.
Le projet de loi , ce n'est rien de moins qu'une question de respect, car derrière la langue, il y a surtout les gens qui la parlent, ces citoyens de partout au Canada qui vivent plus souvent en situation minoritaire, exception faite du Québec, comme je le disais. Faut-il le mentionner, exiger la compréhension des deux langues officielles pour un juge, c'est exiger la connaissance du français.
Pourrait-on trouver un juge francophone qui ne soit pas capable de comprendre l'anglais? Bonne chance. Poser la question, c'est y répondre.
Il suffit d'imaginer qu'un anglophone doive se défendre devant la Cour suprême qui serait composée uniquement ou très majoritairement de juges unilingues francophones. On comprendra ainsi le malaise que vivent les francophones de ce pays quand ils se présentent à la Cour suprême.
Bien sûr, on me dira que la traduction simultanée existe. C'est un fait. Cette interprétation, nous en faisons l'expérience à la Chambre des communes et en comité pratiquement quotidiennement. D'ailleurs, je profite de l'occasion pour souligner à grands traits la qualité des services qui sont offerts à la Chambre et dans les différents comités.
Cependant, nous sommes à même de mesurer également les limites d'un tel procédé devant les subtilités de la langue de Molière ou de celle de Shakespeare. On se plaint parfois de la mauvaise traduction d'un roman qui ne reflète pas tout à fait les subtilités du roman original. On se dit que la traduction est mauvaise mais que le roman dans sa langue originale était tellement mieux. Quand on fait la traduction d'un roman, on a le temps de faire les choses. Nos interprètes le font en temps réel.
Il arrive assez fréquemment que les députés de la Chambre utilisent des formulations très familières dans l'une ou l'autre des deux langues officielles, simplement dans le but de savoir comment les interprètes traduiront leurs paroles. Cela fait plutôt office de blague que de sérieux, mais cela nous permet de voir quels sont les points communs entre les expressions des deux langues officielles.
Cependant, lorsqu'il est question du plus haut tribunal du pays, je pense que l'heure n'est plus à la blague. Les propos échangés ici, bien qu'importants, n'ont pas la notion de dernière chance que constitue un recours à la Cour suprême, dernière instance judiciaire de notre système légal, faut-il le rappeler.
Lorsque la cour rend un jugement unanime, c'est-à-dire à neuf contre zéro — peu importe que ce soit en faveur ou en défaveur de la cause —, on peut bien imaginer que la traduction n'a pas constitué un problème et que tout le monde avait la même lecture des événements.
Imaginons maintenant qu'un jugement est rendu à cinq contre quatre. Si cinq juges sont défavorables au défendeur et que ce dernier a le sentiment de ne pas avoir été entendu et compris dans sa langue maternelle, sa langue première, on a un problème de fond. De plus, c'est sans compter que le français est l'une des deux langues officielles, et non pas la deuxième. Les deux langues officielles sont sur un pied d'égalité.
De plus, au Canada, sur le plan juridique, on doit parler de bijuridisme, c'est-à-dire que les lois sont rédigées dans chacune des deux langues officielles, et elles ont leur vie propre. On ne rédige pas une loi dans une langue officielle pour ensuite la traduire dans l'autre. Les deux langues et les deux écritures fonctionnent en parallèle pour ce qu'elles ont de meilleur.
Si le principe du bilinguisme a été reconnu et imposé aux agents de la Chambre, grâce au travail soutenu d'Alexandrine Latendresse, une ancienne députée du NPD, il m'apparaît, à plus forte raison, que la Chambre manque de conviction et de cohérence en n'adoptant pas la même mesure pour les juges du plus haut tribunal du pays.
Espérons que, cette fois-ci, nous parlerons d'une même voix pour reconnaître que nous avons tardé à agir et qu'il est plus que temps de régler ce problème.
Je me permettrai aussi de dire que les temps ont bien changé. Le jour où il était de mise d'inscrire dans notre curriculum vitæ que nous étions bilingues, pensant ainsi nous démarquer grâce à une compétence extraordinaire, est tout à fait révolu. Au Canada, posséder les deux langues officielles est une compétence de base. D'ailleurs, la plupart des employeurs le diront: aujourd'hui, lorsqu'ils examinent un certain nombre de curriculum vitæ afin de trouver le meilleur candidat ou la meilleure candidate, ils savent que ce qui est un atout, c'est être polyglotte. En plus du français et de l'anglais, on demandera au candidat quelle est la troisième ou la quatrième langue qu'il maîtrise. Dans ce cas, c'est un atout. Être bilingue au Canada, c'est un outil de base.
Aujourd'hui, le bilinguisme constitue donc un outil de base pour tous. Être polyglotte marque encore l'imaginaire, peut-être, et constitue une compétence de plus en plus recherchée. Prétendre qu'on ne saurait, dans certaines provinces ou dans certains territoires, trouver un ou une juge compétente qui soit bilingue est un argument qui ne tient tout simplement plus la route. De toute façon, à mon avis, il n'a jamais tenu la route puisque l'on parle d'une compétence nécessaire pour postuler un emploi à la Cour suprême.
Combien d'emplois ai-je moi-même rêvé d'avoir un jour, pour lesquels je me suis résigné car je n'avais pas les compétences requises ou je n'avais pas le désir d'investir les efforts nécessaires pour obtenir lesdites compétences? Tous ceux qui rêvent de terminer leur carrière en droit à la Cour suprême doivent être conscients que cette compétence est maintenant un incontournable au Canada.
En terminant, je tiens à remercier encore une fois le député de de poursuivre la lutte.