propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Monsieur le Président, ayant siégé à la Chambre pendant de nombreuses législatures, je sais que c'est tout un honneur d'avoir non seulement l'occasion de présenter un projet de loi d'initiative parlementaire, mais aussi de le voir débattu en deuxième lecture. Je suis très heureuse de pouvoir prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , la loi visant à protéger les lieux de culte au Canada.
Au cours des trois dernières années, l'église Holy Rosary, à Edmonton, en Alberta, a été la cible de trois actes de vandalisme. Le 23 décembre 2023, une crèche de Noël devant l'église a été incendiée. Le 18 septembre 2024, deux individus ont aspergé de peinture une caméra de sécurité avant de prendre la fuite après avoir été surpris. Le 20 septembre 2024, un homme a été filmé en train de peindre à la bombe la statue du pape Jean‑Paul II située devant l'église.
L'année dernière, le centre islamique Ar‑Rehman, à Mississauga, en Ontario, a été vandalisé lorsqu'une personne a utilisé une planche à roulettes pour fracasser la devanture vitrée de l'établissement. En janvier 2023, le temple Shri Gauri Shankar Mandir de Brampton, en Ontario, a été profané lorsque quelqu'un a peint à la bombe des messages anti-hindous sur ses murs extérieurs. En avril 2025, le gurdwara de la société Khalsa Diwan à Vancouver, en Colombie‑Britannique, a été la cible de vandales qui ont peint des graffitis sur l'enceinte du stationnement. Le 2 août 2025, un homme a écrit des messages antisémites sur la synagogue de la congrégation Emanu-El, à Victoria, en Colombie‑Britannique.
Je pourrais malheureusement citer de nombreux autres exemples.
En 2015, Statistique Canada a indiqué que 66 cas de méfaits motivés par la haine avaient été commis contre des biens utilisés par des groupes identifiables. En 2025, ce chiffre s'élevait à 263. Le sommet a été atteint en 2024, lorsque 274 incidents ont été signalés. Cela représente une augmentation de plus de 300 % au cours des 10 dernières années.
Dans la foulée de cette tendance, j'ai présenté le projet de loi , qui modifierait le Code criminel relativement aux méfaits à l'égard de biens religieux.
Lorsque j'ai commencé à élaborer ce projet de loi, j'ai expliqué à mes collègues du caucus et, par la suite, à tous les intervenants que j'ai rencontrés, que mon seul objectif était de fournir des outils supplémentaires pour protéger les groupes confessionnels partout au Canada. J'étais — et je demeure — convaincue qu'il ne s'agit pas d'une question partisane et que ce projet de loi et la question plus vaste de la protection des lieux de culte au Canada sont des mesures que les députés des deux côtés de la Chambre peuvent et doivent appuyer.
La liberté de religion et de croyance est une garantie fondamentale importante. C'est un principe que les auteurs de notre charte des droits et libertés avaient bien compris.
Partout au pays, les lieux de culte, y compris les synagogues, les temples, les gurdwaras, les mosquées, les églises et bien d'autres, servent de centres vitaux dans nos collectivités. Ce sont des lieux de rassemblement qui apportent espoir et réconfort, donnent un sens à la vie et offrent un sentiment d'appartenance à des millions de Canadiens. Nous sommes nombreux à fréquenter régulièrement un lieu de culte et à nous réunir avec d'autres fidèles pour fraterniser, pratiquer notre culte et vivre notre foi.
En tant que Canadienne et chrétienne, je suis tout aussi bouleversée de voir un gurdwara, un temple, une mosquée ou une synagogue vandalisés que de voir une église vandalisée. En tant que personne dont la foi fait partie intégrante de l'identité, je comprends la peur et le sentiment de vulnérabilité qui envahit quelqu'un dont le lieu de culte a été profané. Enfin, en tant que parlementaire, je crois que je dois aux Canadiens, aux familles canadiennes et à nos collectivités de défendre la protection de notre liberté de pratiquer notre religion à notre façon.
En modifiant le Code criminel afin de renforcer la protection des lieux de culte, nous envoyons un message clair aux communautés religieuses et, en fait, à tous les Canadiens: nous accordons beaucoup d'importance à cette liberté, et le vandalisme des lieux de culte est inacceptable et ne sera pas toléré.
Je vais expliquer les modifications que la loi visant à protéger les lieux de culte du Canada propose d'apporter au Code criminel du Canada.
Premièrement, et je pense que c'est la modification ayant la plus grande incidence, le projet de loi propose d'éliminer la nécessité pour la police et les procureurs de prouver qu'un méfait commis à l'égard d'un lieu de culte était motivé par la haine. L'article 430 du Code criminel porte sur les méfaits. Bien que le paragraphe 430(4.1) porte sur les méfaits commis à l'égard de biens religieux, d'établissements d'enseignement et d'autres biens, il ne s'applique qu'aux méfaits motivés par des préjugés ou de la haine. Le projet de loi n'éliminerait aucune de ces dispositions; il ajouterait plutôt le nouveau paragraphe 430(4.12) qui porte sur les méfaits commis à l'égard des lieux de culte, mais sans la nécessité de prouver que l'acte de vandalisme était motivé par la haine.
Cette nouvelle disposition est structurée de cette façon pour deux raisons.
Premièrement, il n'y a aucune raison ni aucun besoin de supprimer l'infraction qui consiste à commettre un méfait à l'égard de biens religieux.
Deuxièmement, pour mettre les choses en contexte, j'ai travaillé avec les rédacteurs législatifs tout au long de l'été et au début de l'automne 2025 pour élaborer un projet de loi visant à régler ce problème. Lorsque le projet de loi a été présenté à la Chambre le 19 septembre 2025, il proposait d'abroger les paragraphes 430(4.1) et (4.101) du Code criminel, que j'avais l'intention de modifier. Par conséquent, j'ai récupéré la définition de « lieu de culte » du paragraphe 430(4.101), car les rédacteurs et moi avions toutes les raisons de croire que le projet de loi du gouvernement allait l'éliminer.
Comme nous le savons tous, au fil du temps, le projet de loi C‑9 a été amendé et les paragraphes 430(4.1) et (4.101) ont été maintenus. Je suis heureuse qu'il en soit ainsi, car je crois qu'ils offrent une protection indispensable aux biens utilisés par des groupes identifiables.
Il y a certainement des similitudes entre ce qu'on propose dans ce projet de loi et ce qui a été conservé dans le Code criminel après l'adoption du projet de loi , mais les différences sont corrélatives et évidentes. Si on élimine l'obligation qu'ont les policiers et les procureurs de prouver qu'un méfait était motivé par la haine, les policiers et les procureurs pourraient plus facilement obtenir des condamnations. Les biais, les préjugés et la haine peuvent être difficiles à prouver. Une caméra peut filmer la scène et prouver qui a commis le méfait, mais elle ne peut pas filmer les motivations.
À mon avis, les motivations derrière le geste ne devraient avoir aucune importance. L'effet sur la victime reste le même. En fait, je dirais que les victimes de ces crimes seraient davantage rassurées qu'un individu soit accusé et condamné pour avoir commis une infraction que si on leur disait qu'on n'a pas accusé l'auteur du crime parce que la police ne pouvait pas prouver quelles étaient les motivations du suspect.
Le deuxième changement que ce projet de loi propose d'apporter au Code criminel, c'est de mettre en œuvre de nouvelles peines pour les méfaits visant les lieux de culte religieux. Un peu comme la disposition du Code criminel prévoyant des peines pour les méfaits commis à l'égard des monuments commémoratifs de guerre, ce projet de loi propose une indemnisation obligatoire pour la victime en cas de première infraction et l'imposition d'une peine d'emprisonnement minimale obligatoire, ainsi qu'une indemnisation pour la victime lors des infractions subséquentes.
Je tiens à dire d'emblée que je suis consciente que le concept de versement d'une indemnité au propriétaire du bien, que je propose d'ajouter, est nouveau. Le Code criminel comprend des dispositions qui imposent des amendes. Cependant, les amendes sont versées à la Couronne, et, dans les cas de méfaits commis contre des lieux de culte, la Couronne n'est pas la victime. Le Code criminel donne également aux juges le pouvoir discrétionnaire d'imposer un dédommagement dans leurs déterminations de la peine. Afin de ne pas confondre le dédommagement discrétionnaire accordé par un juge et une obligation, avec l'aide de nos formidables rédacteurs législatifs, j'ai qualifié la sanction pécuniaire proposée dans le projet de loi d'indemnité versée au « propriétaire du bien ». Il ne s'agit pas d'un dédoublement, mais d'une distinction intentionnelle. En pratique, le processus de versement d'une indemnité au propriétaire du bien fonctionnerait de la même façon que le processus suivi par les tribunaux lorsqu'un juge impose une peine de dédommagement.
J'aimerais maintenant expliquer comment j'en suis arrivée au montant de 1 000 $ pour l'indemnisation obligatoire.
Premièrement, ce montant correspond à l'amende de 1 000 $ imposée au titre du paragraphe 430(4.11) du Code criminel, qui porte sur les méfaits commis à l'égard de monuments commémoratifs de guerre.
Deuxièmement, la victime devra très probablement payer au moins mille dollars, voire plus, pour qu'un professionnel efface des graffitis ou qu'il remplace une porte ou des vitres endommagées. Je crois qu'une amende minimale de mille dollars est raisonnable et qu'elle ne serait pas indûment punitive envers l'auteur du crime.
Enfin, le libellé du projet de loi indique que l'indemnité doit être d'une valeur « minimale de mille dollars », ce qui est encore conforme au paragraphe 430(4.11) du Code criminel. Un juge aurait donc le pouvoir discrétionnaire d'ordonner le versement d'une indemnité plus élevée au propriétaire du bien dans la mesure du raisonnable et en fonction de toutes les circonstances atténuantes.
Pour conclure cette partie de mes observations sur les amendements proposés au projet de loi , j'aimerais souligner l'entrée en vigueur récente du projet de loi . Indépendamment de mes opinions et de mon absence de soutien à ce dernier projet de loi, je crois que son adoption a éliminé la nécessité de défendre les peines minimales obligatoires prévues dans le projet de loi C‑255.
En conclusion, j'espère que mes collègues parlementaires de tous les partis appuieront le projet de loi . Les signalements de vandalisme commis contre des lieux de culte sont beaucoup trop fréquents, tant et si bien que c'en est devenu banal. Il est essentiel que nous nous attaquions à ce problème. Que nous appartenions ou non à une communauté confessionnelle, je crois que nous ne devrions pas fermer les yeux sur la hausse des cas de méfaits commis contre des lieux de culte.
La capacité de modifier les lois est un des principaux outils dont disposent les parlementaires pour améliorer la sécurité et, en fin de compte, la vie des Canadiens. En adoptant ce projet de loi, nous indiquerions aux criminels que leurs actes ont des conséquences réelles. Nous enverrions aux victimes le signal que nous reconnaissons que ces méfaits sont profondément blessants, alarmants et coûteux. Nous indiquerions également aux Canadiens que nous accordons toujours autant de valeur à la liberté de religion ou de croyance qui est fondamentale. Enfin, nous fournirions aux forces de l'ordre un nouvel outil qui faciliterait leur travail de protection de la société.
Sur ce point important, je suis heureuse d'informer mes collègues de la Chambre que l'Association canadienne des policiers, qui représente 60 000 policiers civils et assermentés de première ligne, partout au Canada, a déclaré récemment dans une lettre qu'elle appuie les objectifs du projet de loi . Elle a indiqué que le projet de loi reflète un principe important. Les infractions mettant en cause des biens religieux doivent être prises au sérieux. Les personnes qui en sont responsables doivent répondre de leurs actes de manière significative, et il ne faut pas oublier les particuliers et les organisations qui doivent réparer les dommages causés. L'Association accueille particulièrement favorablement les dispositions du projet de loi visant à assurer une indemnisation des propriétaires touchés, de même que le durcissement des mesures applicables aux récidivistes.
J'ai rencontré les représentants d'organismes de toutes les confessions au Canada et de différentes régions, et jusqu'à présent, toutes les personnes que j'ai rencontrées ont appuyé ce projet de loi. D'ici à la deuxième heure de débat, j'encourage tous les députés à rencontrer les groupes confessionnels de leur circonscription pour discuter des mesures proposées dans ce projet de loi.
Comme je l'ai mentionné plus tôt, je ne crois pas qu'il s'agit d'une question partisane. Je crois qu'il s'agit d'une modification légère, mais importante, du Code criminel qui pourrait avoir un effet non négligeable. J'ai hâte de participer au débat et j'ai hâte d'entendre toute suggestion visant à améliorer ce projet de loi. Je sais qu'il faut parfois faire des compromis pour avancer.
Je remercie les députés de leur temps et de leur attention, et je me ferai un plaisir de répondre aux questions de mes collègues.
:
Monsieur le Président, tout d'abord, je tiens à préciser très clairement que, d'après ce que j'ai compris, la loi permet déjà le versement d'indemnités aux victimes. Après avoir écouté la députée d'en face, je constate qu'elle semble en être parfaitement consciente. Ce que la députée propose constitue un changement assez important.
Je souhaite brosser un tableau plus complet de la situation. Tout d'abord, je pense que tous les députés conviennent que la haine n'a pas sa place dans notre pays. Nous avons tous un rôle très important à jouer pour promouvoir la tolérance et l'éducation et, dans la mesure du possible, dénoncer tout ce qui peut mener à la haine et à des actes de violence ou de vandalisme qui, à bien des égards, causent un préjudice considérable aux collectivités que nous représentons.
Je pense aux églises, aux mosquées, aux gurdwaras, aux temples et aux synagogues, qui ont tous été la cible de crimes haineux. Le gouvernement s'est déjà penché sur la question des méfaits motivés par la haine dans le cadre de son programme législatif. Au lendemain des dernières élections fédérales, le s'est engagé à présenter un programme législatif pour lutter contre la criminalité et renforcer la sécurité. C'est dans ce contexte que j'ai adressé ma question à la députée d'en face.
Depuis les banquettes ministérielles, j'ai vu les conservateurs multiplier les tactiques d'obstruction et s'opposer au projet de loi . Ce n'est donc pas grâce au Parti conservateur que la Loi visant à lutter contre la haine est aujourd'hui en vigueur au Canada. C'est au contraire grâce à la détermination du et du gouvernement, qui ont forcé l'adoption du projet de loi. Celui-ci n'avait rien d'anodin: il s'attaquait à des problèmes bien réels, qu'il s'agisse des méfaits motivés par la haine ou de la haine elle-même. Cette mesure s'inscrivait dans une stratégie législative plus large en matière de criminalité, de sécurité publique et de protection des collectivités, mise de l'avant par le premier ministre et le gouvernement au cours des 18 derniers mois. C'est la preuve que nous traitons cet enjeu avec tout le sérieux qu'il mérite.
Au cœur de ce projet de loi se trouvent des mesures qui s'attaquent aux situations où des manifestants tentent d'empêcher, de décourager ou d'intimider des gens qui souhaitent accéder à une église, à une synagogue, à un gurdwara ou à une mosquée. Cette loi existe. Elle est bien réelle et elle s'inscrit dans l'ensemble des mesures prises par le gouvernement.
J'ai offert à la députée l'occasion de préciser sa position sur le projet de loi. A-t-elle changé d'avis et décidé d'appuyer le projet de loi ? Si ma mémoire est bonne, les conservateurs ont non seulement voté contre cette mesure législative, mais ils ont aussi activement contribué à alimenter l'hostilité à son égard. Quiconque consulte les débats d'il y a un an pourra le constater.
Si l'on se penche sur ce que propose la députée, le versement d'indemnités existe déjà et fait partie intégrante du système judiciaire, même si ce n'est pas exactement sous la forme prévue dans son projet de loi. Il reste que la proposition de la députée aujourd'hui fait double emploi avec des dispositions existantes, qu'il s'agisse des modifications apportées par le projet de loi ou de celles qui figuraient déjà dans le Code criminel.
Quand il est question de changements et de réformes judiciaires, je pense souvent aux intervenants et à leurs opinions sur les différents aspects soulevés. Le projet de loi m'a amené à poser une question sur ce sujet précis à la députée. Toutefois, si j'avais eu la possibilité de poser une question complémentaire, elle aurait porté sur les intervenants, notamment les provinces et les territoires. Le Parti conservateur a-t-il consulté nos homologues provinciaux, territoriaux ou même autochtones, ou a-t-il communiqué directement avec eux? Ils sont tous directement concernés.
Si nous interrogions les habitants de nos circonscriptions, les Canadiens moyens, nous constaterions qu'une majorité écrasante des gens, plus de 90 %, comprennent ce que sont les crimes motivés par la haine, y compris les méfaits ou le vandalisme. Le vandalisme visant les lieux de culte n'est malheureusement pas un phénomène nouveau et il prend des formes très variées.
La députée a cité des exemples précis en dehors de l'Alberta et a évoqué plusieurs provinces. Peu importe. Il y a des actes de vandalisme partout au pays, et ils prennent différentes formes. Cela va des graffitis aux incendies criminels, qui causent des dommages importants. Tout cela nous préoccupe beaucoup. Le vandalisme est un problème que nous prenons tous très au sérieux. Je nous y encourage. Nous pouvons en faire plus pour lutter contre le vandalisme, au-delà des établissements religieux.
J'ai déjà présidé un comité de justice pour la jeunesse où nous avons eu de nombreuses discussions sur le problème du vandalisme. Ce que nous devons faire, c'est veiller à ce que les forces de l'ordre s'occupent mieux de ces infractions. Souvent, les mesures législatives nécessaires sont en place. Les organismes d'application de la loi, les municipalités et les provinces, qui participent tous au processus, ont un rôle à jouer.
Le nombre de graffitis, par exemple, ou d'actes de vandalisme est considérable. Je pense que la coopération entre les différentes parties prenantes et les différentes administrations pourrait avoir un résultat positif. Oui, le dédommagement est important. Quand le comité de la justice que je présidais a eu des discussions sur le vandalisme, il a reconnu que le dédommagement est important, et aujourd'hui, les tribunaux le savent.
Cela dit, je me pose la question et j'espère que les membres du Parti conservateur nous diront s'ils sont maintenant d'accord ou non...
:
Monsieur le Président, d'abord, les peines minimales obligatoires ont déjà été jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême du Canada. Je trouverais donc un peu dommage qu'on essaie de rejouer dans cette mauvaise pièce.
La question de la haine et celle d'empêcher les gens d'utiliser ou de commettre des méfaits à l'égard de biens religieux, nous partageons ce souci-là. Je pense pouvoir dire que l'ensemble des parlementaires partagent cette valeur-là. On ne veut pas vivre dans une société où les gens commettent des méfaits pour faire valoir leur point de vue. Cela dit, il y a différentes façons de lutter contre cette problématique de la haine.
Ce que les conservateurs nous proposent, et je suis respectueusement d'avis que c'est un discours que j'entends de façon plutôt récurrente depuis mon arrivée à la Chambre il y aura bientôt 11 ans, c'est l'idée que plus il y aura de gens possible derrière les barreaux, plus la société sera sécuritaire. Ça se vaut, ça se défend, mais ce n'est pas la société dans laquelle j'ai envie de vivre. Je soutiens, encore une fois respectueusement, que ce n'est pas non plus la société dans laquelle la très large majorité de la population veut vivre.
Nous, au Bloc québécois, nous sommes plutôt d'avis qu'il faut laisser une certaine discrétion judiciaire. Nous faisons confiance à nos juges. Ils ne sont pas parfaits, ce sont des humains comme nous tous, des gens qui vont parfois commettre des erreurs, mais qui, dans l'ensemble, ont une bonne tête sur les épaules, ont du jugement et une vaste expérience et sont en mesure d'évaluer chaque situation au mérite. De leur imposer une balise, un cadre duquel ils ne peuvent déroger, c'est un peu comme les placer en tutelle, ce que j'appelais tantôt en parlant à ma collègue « une tutelle parlementaire ».
Le Parlement décide qu'une situation donnée constitue un crime et prévoit une peine maximale. Je pense que c'est une balise acceptable. Toutefois, lorsqu'on impose une peine minimale, on ajoute une autre balise en disant à M. ou Mme la juge qu'il ne sera pas possible d'aller en deçà de cette peine. Pour ma part, je trouve ça déplorable. Ce cadre ou cette tutelle parlementaire est un outil dangereux qui ne devrait être utilisé que dans des cas vraiment exceptionnels.
J'ai posé la question suivante à ma collègue: dans ce cas-ci, est-ce qu'elle est en mesure d'identifier des juges ou des tribunaux qui sont à ce point défaillants qu'on devrait leur imposer cette tutelle? Je n'ai pas eu de réponse à cette question. Je pense quant à moi qu'il n'y en a pas. Je disais précédemment que ça peut arriver qu'il y ait des erreurs; c'est humain. Un juge peut commettre une erreur. Si le juge de la Cour supérieure du Québec, de la Cour du Québec ou de la cour provinciale ou tout autre commet une erreur, il y a un tribunal d'appel qui peut revoir ça. Si le tribunal d'appel, de l'avis des justiciables, a également commis une erreur, il y a la Cour suprême par-dessus ça, où on a les têtes juridiques les plus performantes au pays, si je peux le dire comme ça. Alors, il y a quand même ces balises-là. On ne peut pas rendre n'importe quelle sentence n'importe comment, sans être susceptible de se retrouver en appel et de voir son jugement cassé.
Les peines minimales m'apparaissent plutôt inquiétantes lorsqu'on les utilise comme on voudrait le faire ici, à peu près à toutes les sauces. Moi, je préfère qu'on module les peines selon les circonstances, qu'on fasse confiance à nos tribunaux, à nos juges, qui ont été sélectionnés judicieusement la plupart du temps. Je ne reprendrai pas les reproches que j'ai déjà adressés à plusieurs reprises à notre système de nomination judiciaire, lequel, à mon avis, mériterait quelques améliorations. Cependant, de façon générale, on peut faire confiance à ces gens qui vont moduler les peines pour nous aider à construire une société meilleure, où on pourra, par exemple, utiliser les principes de réhabilitation, des compensations monétaires ou autre, qui vont être utiles à la société et à la réhabilitation des délinquants.
Il faut un équilibre entre nos principes. Ces gens vont décider que tel ou tel geste est un crime, mais ils vont également décider qu'on souhaite non pas mettre en prison tous ces gens qui ont commis des méfaits, mais les réhabiliter.
J'ai connu un jeune qui avait fait des graffitis sur le mur d'un dépanneur. Il a été arrêté par la police, heureusement, mais sa sanction n'a pas été de comparaître devant un juge ou d'aller en prison. Il a eu l'obligation d'aller nettoyer son graffiti et de faire un certain nombre d'heures de travaux communautaires chez le propriétaire de ce commerce. Ils sont devenus amis. Ce jeune a rendu de nombreux services au propriétaire du dépanneur parce qu'il a compris que son geste de faire des graffitis n'était peut-être pas comme de mettre une bombe, mais que ça causait des dommages, des inconvénients importants, et il fallait qu'il en soit conscient. On a réhabilité ce jeune.
Je comprends que, un dépanneur et un lieu de culte, ce n'est pas la même chose. Je comprends ça, mais le principe est le même. Je pense que, dans certains cas, un crime contre un lieu de culte mérite une peine sévère, et que, dans d'autres cas, cela mérite une peine plus adaptée aux circonstances. La seule façon d'adapter ces peines, c'est de laisser nos juges faire preuve d'une discrétion judicieuse, du cas par cas.
Sans grande surprise, on comprendra que le Bloc québécois va voter contre ce projet de loi. J'ajouterais également qu'il est inutile, dans le sens où il y a déjà, à l'article 430 du Code criminel, des dispositions qui visent à pénaliser le méfait. Il y a même au paragraphe 430(4.1) des dispositions particulières qui concernent les méfaits commis sous motif de haine. Commettre un méfait par mégarde ou pour s'amuser, parce qu'on est un peu fanfaron, c'est une chose. Le commettre parce qu'on vit de la haine à l'égard d'une communauté religieuse ou autre, c'est autre chose. Ça existe, c'est prévu au Code criminel et nos juges en tiennent compte, alors ça me rassure.
Avant de terminer, je tiens à dire qu'on a besoin d'une certaine cohérence à la Chambre. On adopte bon nombre de lois sur différents sujets. On ne va pas commencer à se contredire d'une loi à l'autre. Ça deviendrait contre-productif, néfaste pour l'ensemble de la société. Or, nos collègues conservateurs ont livré une bataille rangée contre le projet de loi , qui visait à combattre la haine. Pourquoi cette bataille rangée? C'est en bonne partie parce que le Bloc québécois avait proposé un amendement qui visait à interdire ce qu'on appelait la fameuse défense d'exception religieuse.
Inciter la haine était reconnu par le Code criminel comme étant un acte criminel, mais il y avait une défense disant que si quelqu'un le faisait en se basant sur un texte religieux auquel il croyait, on allait l'exempter de cette accusation aussi bien pour l'incitation à la haine que pour l'incitation à l'antisémitisme. Nous avons dit qu'il fallait enlever ça du Code criminel. Nos collègues conservateurs ont livré bataille en disant que ça devait demeurer au Code criminel, que les gens devaient avoir le droit d'inciter à la haine s'ils se basaient sur un texte religieux. Cela m'a fait dresser les poils sur les bras, mais c'est ce qui est arrivé.
Alors, aujourd'hui, est-ce que nos collègues conservateurs, pour être cohérents, pensent que quelqu'un qui commettrait un méfait à l'égard d'un bien religieux, mais en se basant sur un texte religieux auquel il croit, aurait une bonne et valable défense à cette accusation-là? Moi, jusqu'à maintenant, je ne le sais pas, parce que les deux positions s'affrontent, et j'ai bien hâte d'entendre un orateur conservateur venir les réconcilier et nous dire ce qu'il fait avec ça. Commettre un méfait sur un bien religieux alors qu'on se base sur un texte religieux auquel on croit, est-ce que c'est acceptable?
:
Monsieur le Président, nous sommes nombreux à connaître cette satisfaction béate que procure une fin de semaine passée à bricoler: réparer un châssis de fenêtre, remettre en place une pierre instable dans le jardin, repeindre une porte ou poser une nouvelle vitre. Cependant, quand la peinture recouvre des graffitis sur une mosquée ou un gurdwara, quand les pierres que l'on remet en place sont des pierres tombales renversées dans un cimetière ou quand la porte que l'on répare est celle d'une synagogue qui a été incendiée et dont la vitre est criblée d'impacts de balles, il n'y a là rien de béat ni de satisfaisant.
Les églises, les mosquées, les synagogues, les gurdwaras, les mandirs, les salles du Royaume, les sanctuaires, les temples et les lieux de rencontre constituent, pour les croyants, des lieux de prière, mais ce sont aussi des lieux où les collectivités se retrouvent pour des mariages, des funérailles, des activités scoutes, des ventes de produits d'artisanat, des concerts, des groupes de soutien, des rencontres communautaires, des banques alimentaires, des déjeuners aux crêpes et des commémorations de toutes sortes. Quand ces lieux sont endommagés, quelle qu'en soit la raison, la vie de la collectivité s'en trouve perturbée et de nombreuses personnes éprouvent un profond sentiment d'anxiété et de malaise.
À l'heure actuelle, le Code criminel prévoit une infraction précise pour les méfaits contre les biens religieux, mais elle s'applique seulement quand la Couronne peut prouver que le méfait était motivé par des préjugés ou de la haine. Si la police sait qu'une personne a fracassé les fenêtres d'une synagogue ou a délibérément endommagé une église ou perturbé son utilisation, mais qu'elle ne peut pas prouver pourquoi cette personne l'a fait, l'affaire est généralement considérée comme un méfait ordinaire et échappe souvent complètement aux poursuites. Voilà qui répond à la question de notre collègue qui se demandait pourquoi, quand il s'agit de ce genre d'incidents, les appels ne sont pas la solution et le pouvoir discrétionnaire des juges ne suffit pas. Il y a des lacunes.
Il peut être très difficile de prouver ce qui a motivé un méfait. Une personne peut fracasser toutes les fenêtres d'une mosquée et ne rien dire. Elle peut endommager une église pendant un cambriolage ou rendre une synagogue inutilisable sans laisser de manifeste ni crier d'insultes. Toutefois, quand ce lieu de culte est utilisé par l'ensemble de la collectivité, le méfait en question n'est pas ordinaire: il est extraordinaire. En proposant ce projet de loi, ma collègue cherche à combler la lacune législative actuelle pour des collectivités comme la mienne, qui disposent de trop peu d'endroits où de grandes foules peuvent se réunir.
L'idée du projet de loi , c'est que le lieu lui-même mérite une protection spéciale. Si une personne commet délibérément un méfait à l'égard d'un lieu de culte, la Couronne n'aura pas à prouver que cette personne était animée par une haine envers le groupe qui dirige ce lieu pour que le régime de sanctions spéciales que propose le projet de loi ne s'applique, car le préjudice causé aux lieux de culte va au-delà de la valeur monétaire des dommages.
Si quelqu'un brise une fenêtre et cause des dommages de 1 500 $ dans un immeuble commercial ordinaire, le terme « méfait ordinaire » décrit parfaitement le résultat. Cependant, si quelqu'un brise la même fenêtre dans un lieu de culte le samedi soir, la congrégation ne pourra pas célébrer la messe le dimanche matin, la vente de pâtisseries ne pourra pas avoir lieu en après-midi et le groupe des AA ne pourra pas se réunir le soir. Les conséquences des dommages causés à ces bâtiments vont bien au-delà de ce carreau de verre. Le projet de loi remplirait le vide entre le vandalisme ordinaire et un crime haineux démontré en affirmant qu'une attaque délibérée contre un certain type de bâtiment mérite un traitement particulier dans le Code criminel, même lorsque les procureurs ne peuvent pas prouver le motif du délinquant.
Pourtant, selon les interventions de mes collègues, même si l'Association canadienne des policiers appuie les objectifs de cette mesure législative, le gouvernement semble croire que le projet de loi est redondant. Je ne pense pas que ce soit une réponse adéquate. Les diverses dispositions sur des infractions adoptées par les libéraux de M. Carney au cours de cette session ne permettent pas d'intervenir adéquatement dans les cas d'intimidation et d'obstruction. Bloquer une porte et briser une fenêtre, ce ne sont pas des actes équivalents, tout comme intimider des fidèles et mettre le feu à une salle.
Le projet de loi a créé une infraction générale de crime haineux, mais cette infraction exige toujours la preuve d'un motif de haine. Aucune de ces dispositions ne fait ce que propose le projet de loi : il crée une infraction précise de méfait contre des bâtiments qui sont largement utilisés dans nos collectivités, et pour bien plus que les services religieux; une infraction qui ne reposerait pas sur la nécessité de démontrer le motif.
En ce qui concerne les commentaires de mes collègues au sujet des peines minimales obligatoires, le gouvernement prétend avoir éliminé cet obstacle grâce au mécanisme de dérogation constitutionnel prévu dans le projet de loi .
Depuis 2014, le Code criminel considère les actes de vandalisme commis à l'encontre d'un monument commémoratif de guerre, d'un cénotaphe ou d'un cimetière comme une infraction à part entière, assortie de sanctions très similaires, voire identiques, à celles que proposent mes collègues. Il n'est pas nécessaire de prouver que l'auteur du vandalisme éprouvait de la haine envers les anciens combattants ou les personnes inhumées sur place s'il profane un cénotaphe. Le Parlement a estimé que la nature même de ces monuments justifiait un traitement particulier. Le projet de loi adopte essentiellement la même approche pour les édifices servant de lieux de culte.
L'approche actuelle des libéraux pour mettre fin aux dégradations de ces édifices ne fonctionne pas. Des églises continuent d'être incendiées, des synagogues continuent d'être vandalisées, et des mosquées et des gurdwaras continuent d'être dégradés à un rythme alarmant. Selon le communiqué publié le 30 mars par Statistique Canada, la police a constaté que les crimes haineux à caractère religieux avaient augmenté de 154 % de 2020 à 2023. Leur nombre est passé de 530 à un nombre stupéfiant de 1 345, et ce nombre est resté pratiquement inchangé en 2024. Les crimes étaient des méfaits dans 59 % des cas, mais il s'agit de statistiques sur les crimes considérés comme haineux par la police. Les crimes qui ne sont pas considérés par la police comme étant motivés par la haine ne sont pas pris en compte dans ces statistiques. Les crimes que le projet de loi englobe, où les dégâts sont évidents, mais où il n'existe aucune preuve qu'ils ont été motivés par la haine, sont difficiles à repérer dans les statistiques.
Dans leurs interventions d'aujourd'hui, mes collègues ont soulevé certaines questions techniques concernant le projet de loi qui méritent d'être examinées. La question de savoir si une indemnisation minimale devrait s'appliquer lorsque le préjudice est mineur mérite d'être examinée par le comité. Il en va de même pour les questions relatives aux sanctions obligatoires et à leur application à toute la gamme des comportements qui constitueraient une infraction. Je rappelle aux députés ministériels qu'ils ont fait valoir que le mécanisme de dérogation prévu par le projet de loi résout ce problème. Or, ils ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre.
La députée de a présenté ce projet de loi parce qu'elle souhaite protéger ces lieux, tant pour les Canadiens qui pratiquent une religion que pour les autres. Dans des collectivités comme la mienne, où les lieux de rassemblement se font rares, c'est un objectif louable. Si les députés ministériels souhaitent voir se concrétiser la collaboration qu'ils qualifient de nécessaire et qu'ils appellent souvent de tous leurs voeux dans cette enceinte, ils devraient profiter de l'occasion qui leur est clairement offerte actuellement de collaborer avec la députée afin de rendre ce projet de loi satisfaisant pour tous.
En fin de semaine, je suis allée à un petit marché des artisans que Volunteer Nanaimo organise dans la salle de l'église St. Andrews. C'était super. Ce marché n'a rien du tout de religieux et il apporte vraiment beaucoup aux gens là-bas. Il y a un marchand de thé. Il y a des savons, de l'artisanat, des vêtements pour bébé tricotés, des linges à vaisselle, des décorations d'Halloween et de Noël ainsi que des bricolages faits par des enfants. Il y a aussi une entreprise qui vend des articles imprimés en 3D et qui est dirigée par deux entrepreneurs: un petit garçon de 6 ans et, pour l'encadrer, sa sœur de 7 ans. Il y a même du vernis à ongles fait maison. Tous les ans, dans ce marché, j'achète une tuque neuve à mon mari, et cette année n'a pas fait exception: je lui ai pris une tuque moelleuse en laine vert forêt qui le tiendra bien au chaud cet hiver.
N'oublions pas ce que la protection des bâtiments en question permettra de protéger. Il y a évidemment les croyants, les prières, les mariages et les funérailles, mais aussi les rencontres des Alcooliques anonymes, le mardi soir, et les banques alimentaires, le mercredi matin. Une mosquée peut offrir un programme pour les jeunes ou recueillir des aliments pour des familles qui n'ont jamais mis les pieds dans sa salle de prière. Dans les gurdwaras, on nourrit les gens quelle que soit leur religion. Ce n'est pas nécessaire de croire dans ce qui se passe à l'autel, à la bimah ou sur le tapis de prière pour s'intéresser à la protection des bâtiments visés.
Lorsque quelqu'un s'en prend délibérément à de tels endroits, le crime devrait être puni par la loi en raison de sa nature et de l'endroit où il a été perpétré, plutôt que d'obliger les procureurs à démontrer la motivation du crime afin d'obtenir une peine dissuasive. L'approche actuelle n'est pas entièrement efficace. Nous en avons largement la preuve aux nouvelles. En revanche, il n'y a pas beaucoup de déclarations de culpabilité. Voilà pourquoi il faut se pencher avec sérieux sur le projet de loi , en y apportant les amendements qu'il faut, afin que les députés, en concertation, produisent une mesure plus efficace qui bénéficiera à l'ensemble des Canadiens.
:
Monsieur le Président, je suis heureux d'intervenir aujourd'hui au sujet du projet de loi . Ce projet de loi vise à créer une nouvelle infraction criminelle, le « méfait à l'égard de biens religieux », qui viendrait s'ajouter aux infractions existantes en matière de méfaits criminels prévues à l'article 430 du Code criminel. Le projet de loi propose en outre des peines minimales d'emprisonnement obligatoires ainsi qu'un barème de peines prévoyant le versement d'une somme d'argent, par la personne déclarée coupable, au propriétaire du bien.
L'infraction actuelle de méfait a une définition très large. De manière générale, il est interdit de détériorer ou de détruire volontairement un bien ou d'empêcher quelqu'un d'en faire usage ou d'en jouir légalement. Par exemple, lancer une pierre dans la fenêtre d'une maison ou vandaliser un bâtiment, y compris un lieu de culte, pourrait relever de cette infraction. Nous avons tous intérêt à protéger les biens publics et privés contre de tels actes criminels.
Les objectifs du projet de loi sont louables. C'est un sujet dont nous avons souvent débattu dans cette enceinte, notamment en ce qui concerne la protection non seulement des lieux de culte, mais aussi des espaces religieux au sens large. À l'instar de la marraine du projet de loi, je considère que les biens religieux méritent d'être protégés et que, dans certaines circonstances, les propriétaires méritent d'être indemnisés pour les dommages subis. Toutefois, après mûre réflexion, j'ai l'intention de voter contre ce projet de loi, et voici les raisons qui motivent ma décision.
Premièrement, le projet de loi mettrait en place une mesure qui ferait double emploi avec les infractions de méfait prévues dans le Code criminel. Même si des députés qui ont pris la parole aujourd'hui laissent entendre qu'il y a une lacune dans le Code criminel, ce n'est pas le cas. C'est illégal. Deuxièmement, les sanctions financières proposées ne sont pas nécessaires étant donné que les juges qui prononcent la peine ont le pouvoir d'ordonner le dédommagement des victimes. De telles sanctions risquent de déboucher sur une indemnisation excessive de certaines victimes quand les dommages matériels sont inférieurs à la sanction minimale de 1 000 $. De plus, les propositions sont redondantes en raison des récentes modifications apportées par le gouvernement au moyen de la Loi visant à lutter contre la haine, y compris une nouvelle infraction de crime haineux et de nouvelles infractions relatives au fait d'empêcher ou de gêner l'accès à des bâtiments servant au culte religieux.
Il est bizarre d'entendre, depuis 50 minutes, les députés conservateurs prétendre que le projet de loi n'existe pas. De plus, ils omettent de nous dire s'ils ont appuyé ou non ce projet de loi. Or, ils ont voté contre. Ils omettent aussi de dire qu'ils ont passé des mois à retarder l'adoption du projet de loi, à répandre de la mésinformation et de la désinformation, à semer la peur dans des communautés où la peur est déjà trop présente et à laisser entendre qu'il y aura des arrestations en chaire, ce qui est grotesque compte tenu de la protection offerte par la Charte canadienne des droits et libertés. Ils ont attisé la peur et accentué les clivages. Bon nombre d'entre eux ont voté contre ce projet de loi avec une bible sur le cœur. Pourtant, quelques mois plus tard, ils sont ici pour dire que nous devons protéger les lieux religieux.
L'intervenante précédente a dit que le gouvernement a l'obligation envers la marraine du projet de loi de travailler avec elle. Où était cette dernière lorsque le projet de loi était à l'étude et que son parti refusait de l'étudier? Les conservateurs n'ont cessé de faire de l'obstruction alors que des groupes religieux leur demandaient d'adopter le projet de loi. Qu'ont fait les conservateurs? Ils ont passé des mois à recueillir de l'argent, malgré les demandes des groupes religieux. Voilà ce qu'ils ont fait. Il est intéressant d'entendre maintenant que nous devrions avoir l'obligation de travailler avec la députée.
Je conviens que les objectifs de la députée sont louables, mais les objectifs que le gouvernement visait à atteindre par le projet de loi l'étaient aussi. Il s'agissait d'engagements électoraux que nous devions mettre en œuvre, car il y a eu de nombreux débats à la Chambre à ce sujet, non seulement au cours de la présente législature, mais aussi au cours de la législature précédente, alors que nous avons constaté une augmentation des crimes haineux et des attaques contre des institutions religieuses. Le gouvernement a pris des mesures, mais les conservateurs ont brillé par leur absence. Le débat actuel est donc un peu surprenant. Comme je l'ai mentionné, j'appuie l'intention qui sous-tend le projet de loi, mais je ne crois pas que les propositions précises qu'il contient amélioreront les réponses des lois pénales aux comportements visant les biens religieux au-delà de ce que prévoit déjà la législation pénale actuelle.
Pour en revenir à ma crainte que le projet de loi entraîne un chevauchement, le Code criminel contient déjà une infraction de méfait qui s'applique lorsque des biens, y compris des biens religieux, sont endommagés. Cette infraction est passible d'une peine maximale d'emprisonnement de deux ans ou, si la valeur du bien dépasse 5 000 $, d'une peine maximale de 10 ans.
En plus de cette infraction générale, il existe une infraction particulière qui interdit les méfaits à l'égard de biens religieux. Elle est passible d'une peine maximale plus élevée si le comportement de l'auteur était motivé par des préjugés ou de la haine. Cette infraction particulière est passible d'une peine maximale de 10 ans d'emprisonnement lorsqu'elle fait l'objet d'une poursuite par mise en accusation, quelle que soit la valeur des biens concernés.
L'intervenante précédente a dit que nous ne devrions pas tenir compte du mobile, et ce serait une excellente remarque si le droit pénal n'exigeait pas, dans tous les cas, de le prendre en considération. Mon dernier cours de droit pénal remonte probablement à 20 ans, mais je sais que nous devons tenir compte du mobile. Ce mobile doit être prouvé. Même à la suite du projet de loi de la députée, le mobile devrait être prouvé.
Une voix: Oh, oh!
M. Chris Bittle: Pourquoi? Monsieur le Président, la marraine du projet de loi demande pourquoi. C'est formidable.
Dans le cadre d'une infraction pénale, deux éléments doivent être prouvés: l'actus reus, l'acte criminel, qui est très facile à prouver, et la mens rea, l'aspect mental. Pour chaque infraction prévue dans le Code criminel, il faut prouver que l'auteur avait l'intention de commettre l'acte et établir le mobile qui l'a poussé à agir ainsi. Il est surprenant d'entendre les conservateurs demander pourquoi il faut prouver le mobile. Si nous légiférons sur le Code criminel, nous devrions savoir quels sont les éléments requis pour condamner quelqu'un pour l'infraction en question.
L'obligation de prouver un motif précis, qui fait partie de l'infraction existante de méfait à l'égard de biens religieux, ne supprimerait pas la nécessité de prouver la motivation du délinquant pour qu'elle soit considérée comme une circonstance aggravante dans la détermination de la peine. Une fois le délinquant reconnu coupable, la loi prévoit déjà ce qu'on demande actuellement à la Chambre, c'est-à-dire que la peine soit plus sévère quand une personne s'attaque à un lieu de culte ou de rassemblement religieux. Cette possibilité existe déjà dans le Code criminel, mais les députés d'en face font comme si elle n'existait pas. Ce pouvoir est déjà entre les mains des juges.
Une voix: Oh, oh!
M. Chris Bittle: Le député d'en face chahute, monsieur le Président. Il dit que je suis déconnecté de la réalité, mais il a passé des mois à répandre de la mésinformation et de la désinformation à laquelle il croit. C'est incroyable de les voir croire leurs propres inventions. Il ne fait que hurler un slogan. Je trouve plutôt amusant qu'il n'ait rien de concret à dire, sauf pour me dénigrer. Il sait que tout ce qu'ils peuvent faire, c'est propager de la désinformation et recueillir des fonds. C'est honteux. Alors que ces communautés ont déjà assez peur et que tous les députés cherchent à les protéger, les membres d'un parti politique prennent la parole pour répandre de la mésinformation et de la désinformation.
Comme je l'ai dit, les objectifs du projet de loi sont louables, mais les résultats ne seront pas ceux promis par les députés. Le député rit. Il trouve ça drôle. Il va retourner dans sa circonscription, amasser des fonds et continuer à propager de fausses informations. C'est tout ce qu'il a à offrir. Les conservateurs sont assis de l'autre côté de la Chambre parce que les Canadiens voient clair dans leur jeu. Ils voient clair dans le jeu du . Les conservateurs ne proposent rien de substantiel, même si la démarche de la députée est louable, car elle veut faire mieux et protéger ses concitoyens.
Il est raisonnable d'intervenir pour dire que le projet de loi ne permettra pas nécessairement de le faire. Le député rit. Il trouve ça drôle. Il retournera dans sa circonscription pour récolter des fonds en profitant de la situation, tout en essayant de me faire taire. C'est une conduite honteuse de la part des conservateurs.