En tant que députés, nous sommes tous régulièrement exposés aux divergences qui surviennent dans l’interprétation des divers événements ou incidents et des documents déposés à la Chambre. Les députés peuvent être — et sont souvent — en désaccord sur les faits d’une même situation. Les divergences de cette nature sont le fondement même de nos débats. Nos règles visent à permettre aux députés d’exprimer des points de vue différents sur des questions données, et même à les encourager à le faire. Cette tolérance vis-à-vis des points de vue divergents est une caractéristique fondamentale de la liberté de parole et du processus de prise de décisions qui sont au cœur de notre système parlementaire.

PRÉSIDENT PETER MILLIKEN

(Débats, 1er octobre 2003, p. 8041)

Les principes directeurs de la procédure parlementaire veulent que les débats et les autres délibérations de la Chambre des communes se déroulent de manière polie, et que la liberté de parole, l’un des plus importants privilèges que possèdent les députés, soit respectée. Ce droit permet aux députés de s’exprimer à la Chambre et au sein de ses comités, de faire mention de toute affaire, de formuler toute opinion et de dire ce qu’ils estiment devoir dire, sans craindre de punition ni de représailles1. Cette liberté est toutefois subordonnée à la nécessité de maintenir l’ordre et le décorum lorsqu’un débat se déroule.

C’est pourquoi la Chambre a adopté des règles d’ordre et de décorum qui régissent la conduite des députés les uns envers les autres ainsi qu’à l’égard de l’institution dans son ensemble. Les députés sont tenus de se respecter les uns les autres et de respecter les points de vue qui divergent des leurs ; le comportement et le langage injurieux ou grossier ne sont pas tolérés. Les députés doivent traduire leurs émotions en paroles plutôt qu’en actes. Par conséquent, le droit de parole est tempéré par les règles écrites de la Chambre, qui, en général, imposent des limites quant à la nature, au moment et à la durée des interventions ainsi qu’aux personnes autorisées à les faire.

Le Président est chargé de maintenir l’ordre à la Chambre en assurant le respect de ses règles et usages2. Ces règles régissent la tenue des députés, la citation et le dépôt de documents au cours d’un débat, l’application de la convention relative aux affaires en instance (ou règle du sub judice) aux débats et aux questions posées à la Chambre, ainsi que la politesse des remarques visant les deux chambres du Parlement, les députés et les sénateurs, les représentants de la Couronne, les juges et les cours. Il incombe en outre au Président de s’assurer que les débats se déroulent de façon disciplinée en tempérant le désordre lorsqu’il survient, soit sur le parquet de la Chambre, soit dans les tribunes, et en se prononçant sur les rappels au Règlement faits par des députés. Ses pouvoirs disciplinaires garantissent que le débat ne dévie pas de son objet. Cependant, même s’il appartient explicitement au Président de maintenir la dignité et le décorum de la Chambre, les députés eux-mêmes doivent assumer la responsabilité de leur comportement et conduire leurs affaires de manière convenable.

Le présent chapitre traite des règles et usages relatifs aux débats à la Chambre et des pouvoirs du Président de faire respecter l’ordre et le décorum en cas d’infraction.